Le rôle vital de l’agriculture : du Covid-19 à la transition écologique 

Photo gauche : agriculture industrielle  –  Photo droite : Ferme de Chantemerle d’Eric Gobard. Agriculture biologique en Brie.

 

Des files d’attente, des rayons vides au début du confinement, des craintes de pénurie : les secteurs agricoles et alimentaires sont cruciaux. Cette crise le prouve, encore une fois. Les magasins alimentaires sont parmi les seuls à rester ouverts. Beaucoup de Français se sont rués sur les achats de riz, de pâtes ou d’œufs : +6 % de consommation de produits agricoles et agroalimentaires par rapport à une période normale.

Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, a même appelé les Français à travailler dans les exploitations agricoles qui manquent en ce moment de main-d’œuvre, notamment étrangère.

En Italie, des bons alimentaires sont distribués pour les plus démunis. Du jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale.

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Le Covid-19 et la faim dans le monde

Les craintes sont encore plus fortes pour les personnes sous-alimentées ou malnutries : près de 40 % de la population mondiale. Le directeur de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) et de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) ont même réalisé un communiqué commun : « nous devons nous assurer que notre réponse face à la pandémie du Covid-19 ne crée pas de manière involontaire des pénuries injustifiées de produits essentiels et exacerbe la faim et la malnutrition.1 » Selon Olivier De Schutter, co-président du Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food), cette prise de position commune témoigne du souci de réduire le risque de rupture des chaînes mondiales d’approvisionnement et de ne pas affoler les marchés : « Nous avions connu des impacts dramatiques à de pareilles restrictions entre mars et juin 2008, lorsque près de 40 pays avaient imposé des barrières à l’exportation, causant une véritable panique et des achats massifs par des gouvernements craignant la pénurie. Ces mouvements avaient fait monter les prix des matières premières agricoles (soja, riz, blé, maïs), de manière dramatique. Cependant, les mesures proposées pour faciliter le fonctionnement des marchés et notamment les circuits internationaux de distribution concernent le court terme. Elles ne doivent pas être perçues comme un substitut à la mise en œuvre de mesures permettant de renforcer la souveraineté alimentaire à moyen et long terme. Il faut bâtir des solutions plus résilientes et réduire la dépendance aux marchés internationaux des pays pauvres à déficit alimentaire. Cette vision de long terme manque cruellement aujourd’hui. »

« Je pense que l’alimentation doit voyager au minimum »

Les paysans -premières victimes de la faim dans le monde- sont en effet de plus en plus dépendants du commerce mondial international. Au Burkina Faso par exemple, 10 % des terres arables sont utilisées pour cultiver du coton exporté, alors que le nombre de personnes sous-alimentées est encore élevé. Certes, des synergies peuvent exister entre les cultures de rente et les cultures vivrières, mais selon Pierre Rabhi, agroécologiste, la part consacrée à l’exportation est bien trop importante. Il ne conseille pas de supprimer toutes les cultures d’exportation, mais estime que les pays doivent assurer, avant tout, leur autonomie alimentaire. « Nous voyons bien ce que les échanges internationaux donnent : ce sont les forts face aux plus faibles, déplore Pierre Rabhi. Je pense que l’alimentation doit voyager au minimum, que les populations doivent l’assurer par elles-mêmes, avec leurs traditions et leurs habitudes alimentaires. Je l’ai constaté au Burkina Faso. Auparavant, les paysans assuraient leur survie avec leurs troupeaux, leur savoir-faire, leur culture. Par la suite, nous avons mobilisé cette paysannerie afin de produire pour l’exportation, à l’aide des pesticides et des engrais de synthèse. Tous ces éléments venus de l’extérieur ont complètement désorganisé la capacité des paysans à se nourrir par eux-mêmes. Ces agriculteurs ont été détournés de la production vivrière indispensable pour une production de rente où ils sont souvent perdants »

« Si nous avions une véritable politique de sécurité alimentaire dans le monde, nous serions mieux armés dans la lutte contre le Covid-19. »

Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, confirme les méfaits de ce commerce international : « Si nous avions une véritable politique de sécurité alimentaire dans le monde, nous serions mieux armés dans la lutte contre le Covid-19. (…) Dans chaque pays, nous devons réaliser la souveraineté alimentaire. Au Brésil, les exportations de soja ne cessent d’augmenter pour nourrir les élevages industriels du monde entier, alors que le nombre de personnes sous-alimentées et malnutries reste élevé. Je le répète : la sous-alimentation et la faim réduisent les défenses immunitaires des victimes de l’épidémie. »

Entre 1997 et 2018, la production de soja de l’Argentine, du Brésil et du Paraguay a grimpé de 300 % ! Entre 2000 et 2010, en Amérique latine, près de 70 % de la déforestation est due à l’agriculture commerciale.

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Le rôle de l’agriculture dans la hausse du nombre d’épidémies

Même parmi les causes de cette épidémie, nous retrouvons notre agriculture devenue industrielle. Les animaux d’élevage, dont le nombre a explosé ces dernières années, sont un maillon essentiel entre le monde sauvage et l’humain pour transmettre les épidémies. En biomasse, les vaches pèsent plus que les êtres humains. Pour élever et nourrir les animaux d’élevage industriel, nous avons également besoin de terres qui empiètent sur le monde sauvage. 70 % des terres agricoles sont consacrées à l’élevage et aux cultures pour produire des protéines animales. Cette déforestation multiplie les contacts entre les animaux sauvages et les humains. Prenons par exemple le cas d’une épidémie liée au virus Nipah en Malaisie, à la fin des années 1990. L’exploitation des forêts afin de développer les palmiers à huile a provoqué le départ des chauves-souris des forêts profondes à la recherche de nourriture. Ces dernières sont allées se nourrir de fruits dans des vergers, fruits qui ont contaminé les cochons, puis les humains.

Cette déforestation multiplie les contacts entre les animaux sauvages et les humains.

Ces maladies infectieuses se répandent également plus facilement car la biodiversité diminue au sein du monde sauvage. Par exemple, les grands prédateurs tels que les lynx et les hyènes sont moins nombreux. Par conséquent, ils régulent moins le nombre de rongeurs, vecteurs de pathogènes.

Dans les élevages industriels, la diversité génétique s’est également considérablement affaiblie ces dernières années. « À chaque crise, l’élevage industriel est renforcé, regrette Serge Morand, chercheur au CNRS-Cirad*. Certaines autorités internationales affirment que les épidémies sont causées par la faune sauvage. Par conséquent, elles veulent isoler la faune sauvage de l’élevage. Toutes les races ne peuvent pas vivre de façon industrielle, il y a donc une uniformisation. Mais c’est impossible d’isoler complètement le monde sauvage. Nous transformons ces élevages en bunker mais ce sont potentiellement des futures bombes bactériologiques. » Rappelons qu’en Asie du Sud-Est, afin de garantir une récolte, les paysans ont pour habitude de cultiver différentes variétés de riz, au cas où l’une d’entre elles serait plus sensible à un virus.

(Pour en savoir plus, lire cette enquête sur le lien entre la baisse de la biodiversité et la hausse du nombre d’épidémies)

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L’eau : de la baisse de la biodiversité à la réussite de la transition écologique

Autre point souvent oublié des analyses : cette agriculture intensive et industrielle nécessite de l’irrigation. Ces pratiques modifient la trajectoire de l’eau.  Environ 85 % de l’eau dans le monde est consommée par l’agriculture. « Nous pourrions parfois cultiver en pluvial, mais nous préférons cultiver en irrigation pour contrôler le calendrier de production et répondre à la demande, un peu comme on le ferait avec une usine, explique Julie Trottier, directrice de recherche au CNRS. Aux États-Unis, cultiver dans le désert est par exemple privilégié par rapport à cultiver sur la côte Est, l’apport en eau est contrôlé et la culture bénéficie toujours du soleil. »

Irrigation aux gouttes à gouttes

En changeant la trajectoire de l’eau, l’écosystème  est impacté : la faune et la flore mais aussi les ressources pour les êtres humains. Des puits et des sources sont asséchés. « L’exemple phare est le fleuve Jourdain. Au début des années 60, les paysans qui vivaient dans la vallée du Jourdain n’osaient pas sortir de chez eux la nuit car des bêtes sauvages y vivaient, rappelle Julie Trottier. C’était complètement verdoyant. Le problème est qu’Israël a construit sa voie d’eau avant l’occupation de 1967 : cela a consisté à prendre l’eau du lac de Tibériade et l’acheminer jusqu’au Néguev pour verdir le désert. Côté Est, la Jordanie a détourné l’eau du fleuve Yarmouk, un affluent du Jourdain au sud du lac de Tibériade, pour irriguer. Résultat : l’eau s’est tarie dans le fleuve Jourdain. L’intérêt médiatique se porte souvent sur la disparition de la Mer Morte. Mais la disparition de la biodiversité le long du fleuve Jourdain est inquiétante. Nous avions même des grands fauves qui ont complètement disparu ! »

« La disparition de la biodiversité le long du fleuve Jourdain est inquiétante. »

L’agriculture industrielle préconise des champs irrigués en monoculture, sans biodiversité. L’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques a également des conséquences considérables sur la biodiversité. Plusieurs études ont montré par exemple les liens entre les pesticides et la disparition des oiseaux. En France, la population des oiseaux en milieu agricole a baissé d’un tiers depuis 1989. La quasi-totalité des cours d’eau et des nappes phréatiques sont pollués par des pesticides et des nitrates. Ces cocktails chimiques ont des effets considérables sur la faune et la flore.

Changer de modèle agricole permettrait donc de préserver cette ressource en eau ainsi que la biodiversité. Et cette préservation de la biodiversité permettrait de réduire le risque d’épidémies.

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De l’urgence de changer de modèle agricole et l’ensemble de la chaîne alimentaire

L’agroécologie* ou l’agriculture biologique* permet de cultiver avec moins d’eau. Dans les zones semi-arides comme le Sahel, les pratiques agroécologiques permettent de multiplier de cinq à dix fois la capacité de rétention d’eau des sols. Sans pesticides chimiques et en cultivant en polyculture, ces pratiques favorisent également la biodiversité : « L’agriculture industrielle est l’un des facteurs les plus importants dans la perte de la biodiversité, explique Jean-Philippe Deguine, agroécologue au Cirad. Nous avons montré à travers des études en culture de mangues à La Réunion que, lorsque nous supprimons les traitements chimiques et que nous mettons en œuvre des pratiques de protection agroécologique, nous pouvons restaurer une grande biodiversité dans les vergers. Nous avons ainsi dénombré près de 800 espèces d’arthropodes* (abeilles, coccinelles…) dans les vergers, dont la plupart sont des auxiliaires (prédateurs, parasitoïdes, pollinisateurs, détritivores, etc.). Les pratiques agroécologiques préconisées sont simples à mettre en œuvre : il s’agit par exemple de mesures qui préviennent la maladie ou d’insertion de biodiversité végétale dans les vergers (des couvertures permanentes du sol, des bandes fleuries ou des plantes refuges, autant d’habitats favorables aux auxiliaires). De cette manière, nous augmentons l’efficacité des ennemis naturels des ravageurs, nous avons moins de travail tout en réduisant les pesticides. »

 

Photo gauche : F. arisanus (L = 3 mm) en train de parasiter les œufs d’une mouche des fruits sur une cerise de café
Photo droite : Bande fleurie dans un verger de manguiers à La Réunion. Une bande fleurie diversifiée attire de nombreux pollinisateurs et offre une bonne ressource en nectar favorable à certains insectes auxiliaires. Les plants de maïs piègent les mouches des fruits. La couverture végétale au sol  abritent de nombreux prédateurs (araignées, fourmis…). Photo J.-P. Deguine (Cirad)

La question qui revient sans cesse dans le débat public : pourrions-nous nourrir la planète si tous les agriculteurs cultivaient en agroécologie ? Oui, répondent de multiples experts, même avec l’augmentation de la population ! Plusieurs études le prouvent2. En Occident, les rendements pourraient diminuer. Cependant, mettre fin au gaspillage alimentaire compenserait largement cette baisse. Dans les pays du Sud, où il faut augmenter les rendements pour faire face à la hausse de la population, l’agroécologie peut faire croître la productivité sans abîmer la nature ni rendre les paysans dépendants des multinationales (achats de semences et d’engrais). Jules Pretty, un chercheur anglais, a dirigé plusieurs études. La première regroupait des paysans qui ont eu moins recours aux pesticides et qui ont mis en place des techniques issues de l’agroécologie. Dans ces fermes, les rendements des cultures ont augmenté de 79 %. Dans une autre étude, il a pu observer que les rendements ont plus que doublé grâce à des pratiques agroécologiques.

Il faudrait donc encourager les conversions vers l’agroécologie en Occident en versant des aides plus significatives en faveur des agriculteurs qui se convertissent au bio ou encore en réorientant les aides de la Pac (Politique agricole commune). Dans les pays du Sud, il faudrait également plus de moyens notamment afin d’aider à la formation à l’agroécologie.

L’agroécologie ne se résume pas à des moyens de production. Pour que le système fonctionne, pour que l’agriculteur africain ou européen puisse vivre de sa production, il ne doit pas être totalement dépendant d’un seul circuit de distribution, comme peuvent l’être les éleveurs conventionnels.

L’agroécologie ne se résume pas à des moyens de production. 

En France, on ne compte plus les manifestations d’agriculteurs. D’année en année, décennie après décennie, les mêmes problématiques se posent. Les agriculteurs réclament des prix plus élevés. Avec le système de grande distribution et de production à bas coûts, c’est très complexe, voire impossible ! Pour y parvenir, une seule solution : faire évoluer les circuits de commercialisation.

Il importe de diversifier les lieux de vente de produits bio, notamment en favorisant les circuits courts ou les magasins biologiques organisés en coopératives, afin que les agriculteurs ne dépendent pas uniquement de la grande distribution. Dans le cas contraire, le risque existe en effet de nous retrouver dans quelques années face à la même problématique : des agriculteurs qui ne peuvent pas vivre de leur production.

Certes, les prix peuvent être plus élevés en agriculture biologique. Mais selon Christian Rémésy, nutritionniste, l’augmentation est quasi nulle si l’on accepte de revoir sa liste de courses en achetant moins de viande, moins de produits transformés et plus de variétés de légumes et de céréales.

Aujourd’hui, en France, la part consacrée à l’alimentation dans le budget d’un ménage n’a jamais été aussi basse. Selon ce chercheur, il suffirait de l’augmenter de quelques points pour revaloriser la chaîne de production et consommer une nourriture de meilleure qualité. La part du budget dépensée pour la santé baisserait d’autant.

Ferme de Chantemerle d’Eric Gobard. Agriculture biologique en Brie.

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L’agriculture industrielle, au cœur du mécanisme de la croissance du PIB.

À la base de l’augmentation du PIB, l’agriculture est également centrale. Dès que la main-d’œuvre du secteur agricole diminue et que l’agriculture industrielle est instaurée, la croissance du PIB décolle ainsi que toutes les formes de pollution3. Comme nous l’évoquions au début de l’article, depuis des dizaines d’années, les institutions internationales ont imposé aux pays du Sud des modèles agricoles tournés vers l’exportation en les détournant de leur production vivrière. « Dans l’histoire de l’humanité, tous les peuples ont réussi à se nourrir essentiellement par eux-mêmes, rappelle Jean-Marie Harribey, économiste. Aujourd’hui, la dépendance des peuples vis-à-vis de nourritures venues des quatre coins du monde accroît les difficultés que nous avons à résoudre. Une plus grande autonomie agricole et alimentaire doit être rendue possible pour tous les peuples de la planète. Cela implique de rompre avec des traités de libre-échange généralement imposés dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, ou avec les traités de libre-échange bilatéraux. Échanges que nous avons mis en place pour trouver des relais en vue d’obtenir plus de profits, et donc plus de croissance. »

« Une plus grande autonomie agricole et alimentaire doit être rendue possible. »

L’Insee, l’institut national de la statistique en France, a calculé l’impact du Covid-19 sur l’économie : si le confinement dure un mois, le PIB annuel chutera de 3 % en France. Cette baisse atteindra 6 % si nous restons confinés deux mois. Une situation inédite pour une société qui s’est organisée autour de la croissance, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Agroforesterie

Saisissons-nous de cette crise engendrée par le système mondial dominant pour organiser la décroissance au lieu de subir la récession ! Pour mettre en place des façons de vivre respectueuses de la nature dont nous faisons partie, changer notre modèle agricole et alimentaire est primordial. « Il faut regonfler le secteur primaire et dégonfler le secteur tertiaire, confirme Dominique Méda, sociologue. Il faut que nous nourrissions nos populations. Si nous arrêtons de réaliser des gains de productivité dans certains secteurs, plus de travail et donc plus d’emplois seront nécessaires. Si nous ne voulons plus de pesticides, les emplois augmenteront dans le secteur agricole. » Dans les pays occidentaux et les pays en développement, la clé de la réussite d’un autre modèle réside donc dans l’instauration d’un autre modèle agricole : l’agroécologie. Ces pratiques écologiques respectant notre terre et la biodiversité permettront de réduire le risque d’un nouveau coronavirus tout en nous éloignant d’une civilisation hors-sol, prônant la surconsommation au profit de façons de vivre certainement plus sobres mais aussi plus conviviales.

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Juliette Duquesne – www.julietteduquesne.fr

Certaines interviews ont été réalisées pour cet article. D’autres proviennent de la collection Carnets d’alerte.

1 – Le 31 mars 2020.

2 – Juliette Duquesne, Pierre Rabhi, Pour en finir avec la faim dans le monde, Les Presses du Châtelet, Coll. Carnets d’alerte, 2017.

3 – Juliette Duquesne, Pierre Rabhi, Vivre mieux sans croissance, Les Presses du Châtelet, Coll. Carnets d’alerte, 2019.

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*ARTHROPODES : animaux invertébrés dont le corps est constitué d’anneaux et dont les membres ou appendices sont articulés. Dans les champs, les arthropodes sont surtout les insectes et les arachnides.

*CIRAD : Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. 

*CNRS : Centre national de recherche scientifique. 

*AGRICULTURE BIOLOGIQUE  : seule agriculture certifiée, elle répond à un cahier des charges. Le cahier des charges européen de l’agriculture biologique est, selon de nombreux acteurs de la filière, loin d’être suffisant pour réussir une conversion en agriculture biologique. Soustraire les engrais et les pesticides de synthèse n’est qu’une étape. Pour réussir à cultiver en agriculture biologique, de nombreux spécialistes conseillent de réaliser des rotations de cultures, d’associer des plantes sur une même parcelle, etc.

*AGROECOLOGIE : nous privilégions ce mot pour désigner les pratiques écologiques réalisées dans les pays du Sud où la certification « agriculture biologique » n’a pas forcément de sens. Mais, aujourd’hui, le terme « agroécologie » a une définition très large. Chacun en donne sa propre interprétation. Depuis peu, certains défenseurs du modèle industriel utilisent ce terme pour évoquer une agriculture raisonnée dite de développement durable. Cette terminologie leur permet d’échapper au cahier des charges de l’agriculture biologique et de faire du « greenwashing » – une sorte de marketing vert. Pour d’autres, comme Pierre Rabhi, l’agroécologie va bien plus loin que le cahier des charges de la bio, c’est une éthique de vie depuis des dizaines d’années : « L’agroécologie n’est pas une fin en soi, me semble-t il, mais un prodigieux moyen qui peut nous permettre un autre regard sur le monde à partir de lexpérience objective du vivant. Pour devenir une véritable solution alternative, ce moyen doit saccompagner d’une mutation de la conscience et d’un rapport différent à l’argent. » Dans le système agroécologique, le paysan est autonome. Il ne dépend pas des prix fixés sur les marchés mondiaux.